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select L’energie nucléaire, une solution ou un probleme ? Les deux.
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- By L'équipe du blog
- 12/1/2006 18:01 PM
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Summary: Certains voient dans l’énergie nucléaire le successeur naturel du charbon et du fuel, trop encombrants, trop polluants, en voie d’épuisement. D’autres la refusent à cause des risques d’accident, des déchets à évacuer, des liens avec les armes... Click to expand...
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Certains voient dans l’énergie nucléaire le successeur naturel du charbon et du fuel, trop encombrants, trop polluants, en voie d’épuisement. D’autres la refusent à cause des risques d’accident, des déchets à évacuer, des liens avec les armes nucléaires.
Et puis la radioactivité fait peur. Pour en juger objectivement, il faut d’abord savoir que la radioactivité – ce rayonnement qui pénètre partout et qui peut donner des cancers si on s’y expose trop fort ou trop longtemps – la radioactivité n’est pas un phénomène artificiel créé par les hommes. C’est aussi, c’est d’abord un phénomène naturel et universel. L’homme lui-même est radioactif, à hauteur de 8.000 à 10.000 Becquerels. Certaines eaux minérales des Vosges et du Massif Central le sont aussi (et s’en vantaient autrefois !). Les sous-sols de la Bretagne et du Massif Central, notamment, sont tellement radioactifs que les caves des maisons dépassent parfois les normes officielles – heureusement très prudentes.Ces remarques préliminaires doivent conduire à examiner calmement, sans passion ni panique, les avantages et les inconvénients du nucléaire.
1. L’énergie nucléaire prend très peu de place : l’équivalent d’une centrale-type de 4 fois 1.300 MW (soit 5.200 MW, ou encore 5.200.000 Kw ) comme Paluel, dans la falaise normande, c’est la totalité des Houillères de Lorraine lorsque ces houillères étaient en pleine production (12 à 13 millions de tonnes par an), avec les centrales thermiques à installer et les trains ou bateaux à mobiliser pour les alimenter.
2. Elle ne pollue pas l’environnement : pas de rejets gazeux comme à la cheminée d’une centrale à charbon, ni plus ni moins de chaleur rejetée à la mer ou dans la rivière qu’avec une centrale à charbon.
3. Elle ne tue pas ? Abstraction faite de Tchernobyl, l’industrie nucléaire civile est la première industrie à n’avoir jamais tué personne depuis sa naissance. Ça ne s’était jamais vu. Et cela, parce que considérée comme dangereuse dès l’origine, toutes les précautions nécessaires ont été prises en temps utile. Reste Tchernobyl dont on a dit que ce n’était pas un accident nucléaire, mais un accident soviétique ; le fait est que cet accident fut la conséquence d’un cumul d’erreurs invraisemblables.
Mais peut-on dire qu’il n’y aura jamais d’accident dans des centrales convenablement exploitées ? Scientifiquement, aucun risque n’est nul : la question c’est de savoir si le risque est assez faible pour être d’un niveau acceptable. En l’état actuel des techniques le risque que chacun de nous, vous ou moi, a de mourir des suites d’un accident nucléaire est du même niveau que celui de mourir en recevant sur la tête une météorite. C’est un niveau de risque que nos sociétés acceptent … sans quoi nous ne circulerions que dans de solides souterrains.
Reste à parler maintenant des déchets des centrales, des risques terroristes, et des armes nucléaires
4. Les déchets. Certains sont inoffensifs et peuvent être utilisés dans des remblais ; d’autres voient leur radioactivité diminuer rapidement – et il suffit d’attendre ; certains, enfin, conservent très longtemps une forte radioactivité, et ce sont ceux-là qui font problème. Mais leur volume, leur poids est très faible : une famille moyenne produit trois tonnes d’ordures par an ; les déchets radioactifs gênants dont elle est statistiquement responsable n’excèdent guère chaque année la dizaine de grammes.
Ces tout petits volumes, il faut quand-même s’en débarrasser. La croûte terrestre étant pleine de zones radioactives plus ou moins enfouies dans le sol (c’est la radioactivité qui subsiste encore après les quelques milliards d’années au cours desquelles l’énorme radioactivité initiale de la boule de gaz dont est née la Terre a décru peu à peu, de millénaires en millénaires, de siècles en siècles), il faut imiter la Nature et son expérience millénaire en enfouissant nous aussi nos quelques déchets, aussi bien que possible, dans les profondeurs du sous-sol.
5. Les risques d’attentats. Tout est fait pour qu’on ne puisse approcher aisément d’une centrale avec de mauvaises intentions, et qu’il soit vraiment difficile de causer un accident. Le résultat, c’est que l’analyse coût/bénéfice doit normalement conduire un terroriste intelligent à chercher d’autres manières plus économiques de terroriser les populations. Mais un risque subsiste, dont la catastrophe de Tchernobyl donne la dimension extrême. D’où les interminables controverses sur le nombre de morts dus à cette catastrophe. Chargé de faire périodiquement une évaluation de ce nombre, un comité ad hoc de scientifiques de l’ONU a accepté, la dernière fois et pour en finir, de porter leur estimation de 1.000 à 4.000 décès (acquis et probables) pour être sûr de couvrir l’enveloppe des possibles. Les opposants aboutissent par des méthodes d’évaluation qui leur sont propres à 60.000, si ce n’est à 600.000 … Tout est là.
6. Les armes nucléaires. Il fut un temps où le plutonium obtenu par retraitement des combustibles nucléaires usagés (à La Hague) était indispensable pour construire une bombe. C’est d’ailleurs pour cela que le retraitement des combustibles avait été prévu à l’origine. Aujourd’hui, malheureusement, n’importe qui peut construire une « ultra centrifugeuse » dans son grenier pour produire de l’uranium très enrichi, équivalent au plutonium. Le nucléaire civil n’a donc plus, dorénavant, aucun lien significatif avec le nucléaire militaire, et renoncer à l’énergie nucléaire parce qu’il y a des bombes n’a pas plus de sens que de renoncer à la chimie pharmaceutique parce qu’il existe des armes chimiques.
Moralité : l’énergie nucléaire n’a pas que des avantages. Mais les réels problèmes qu’elle pose tiennent essentiellement aux risques terroristes (point 5) et – il faut penser à tout – au relâchement dans la « culture de sûreté » que pourraient susciter des désordres sociaux durables (point 3).
En contrepartie, elle ne prend pas de place, elle est abondante, peut être très rentable, et elle ne rejette pas de ce désastreux gaz carbonique qui nourrit l’effet de serre.
Marcel Boiteux, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques et ancien président d’EDF. Il a également présidé le Conseil mondial de l’énergie.
Photo : Joseph Zlomek (Centrale nucléaire de Limerick, USA)
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